WORKS    Avenue Royale    Soldate inconnue    Cadettes     The moon in Us    Si je marche vite   Quand le soleil s’arrête  
                   
                 Les chaussures bleues     Est-ce que ça fait mal ?       Effets secondaires    Dans le lit    Contes violets

Avenue Royale 





Prix coup de coeur Réponses Photo - Les Boutographies  https://www.boutographies.com/

Lancés il y a plus de trente ans, les travaux de l’Avenue Royale ambitionnent de relier le centre-ville de Casablanca à son littoral, en créant une artère emblématique au cœur de la métropole. Une artère large, droite, symbole d’élan urbain, de projection vers l’avenir.
Pour qu’elle existe, il faut détruire. Détruire une partie de la médina extra-muros, déclarée d’utilité publique. Plus de 1 700 logements jugés insalubres, 11 500 ménages promis au relogement. Mais le projet s’enlise. Trop de promesses. Trop d’acteurs. Trop de lenteur.

Et pendant ce temps, les gens vivent entre.
Entre passé et avenir.
Entre murs debout et murs effondrés.
Entre la crainte d’être expulsés et l’espoir d’un vrai toit.
Entre un quartier qu’on ne peut plus habiter et un autre où l’on ne veut pas aller.

En 2029, le projet devrait aboutir et ce quartier sera transformé, laissant place à la nouvelle infrastructure urbaine planifiée depuis les années 80.


Launched more than thirty years ago, the Avenue Royale project aims to link Casablanca's city centre to its coastline, by creating an emblematic artery in the heart of the city. A wide, straight artery, a symbol of urban momentum, of projection towards the future.
For it to exist, it had to be destroyed. Destroy part of the medina outside the city walls, declared to be in the public interest. More than 1,700 homes were deemed unfit for habitation, and 11,500 households were promised rehousing.
But the project got bogged down.
Too many promises.
Too many players.
Too many delays.

And in the meantime, people are living between the past and the future. Between standing walls and crumbling ones.
Between the fear of eviction and the hope of a real home.
Between a neighbourhood they can no longer live in and another they don't want to go to.

By 2029, the project is due to be completed, and the area will be transformed, making way for the new urban infrastructure that has been planned since the 1980s.

SOLDATE INCONNUE



Il y a toujours plus inconnu que le soldat inconnu : sa femme.
Ce slogan, brandi en 1970 par des militantes féministes avant d'être aussitôt réprimé, pourrait être la phrase fondatrice de ce projet. Ma mère ne l'a jamais lu. Elle n'en avait probablement pas le temps.

Mon père était para, troupes de marine. Disponible en tous temps, en tous lieux, c'est la formule consacrée. Ce que cette formule ne dit pas, c'est ce qu'elle implique en miroir : qu'une femme, quelque part, soit disponible à sa place. Pour les enfants, pour le foyer, pour les absences, pour les retours. Pour tenir.

Dans mon cas, cette femme est ma mère.

Mon projet est né de là, à partir d’un geste intime : la photographier dans son quotidien, dans sa maison, dans ses mains occupées. Des scènes que j'ai regardés toute mon enfance sans les voir vraiment, parce qu'elles allaient de soi, parce qu'elles étaient le décor sur lequel se découpait la figure héroïque du père militaire.

Je photographie ma mère aujourd'hui, et je plonge dans nos archives : images familiales et de garnison, objets qui ont fait plus de dix déménagements. Je cherche à rendre visible ce qui a été systématiquement relégué hors champ, non par malveillance, mais par une logique institutionnelle qui faisait de la femme du militaire un rouage indispensable et silencieux.

La charge domestique n'est pas un sujet secondaire. C'est le sujet. Dans l'armée des années 70 et 80, la disponibilité totale du soldat n'était possible que parce qu'une femme assumait l'intégralité de ce qu'il laissait derrière lui à chaque départ. Sans statut. Sans salaire. Sans reconnaissance. La grande famille militaire avait un secret bien gardé : elle reposait sur le travail invisible et gratuit de ses épouses.

Ma mère a été cette femme-là. Complice de ce projet aujourd'hui, elle me laisse entrer dans son quotidien avec mon appareil. Ce geste entre nous, sa confiance, mon regard de fille, est lui-même au cœur de la série. Je ne prétends pas faire un travail objectif. Je fais un travail juste.

Ces photographies mêlent le présent et les archives, le portrait intime et la trace historique. Elles ne dénoncent pas, elles nomment. Elles donnent un visage et un corps à une génération de femmes que l'histoire militaire a oubliées dans ses marges.
CADETTES (work in progress)
MENTORAT WOMEN PHOTOGRAPH 2026




À Marseille, plusieurs fois par semaine, des adolescentes venues de quartiers différents traversent la ville pour se retrouver sur un même terrain, un terrain de rugby.

Ce projet s’intéresse à la manière dont elles investissent cet espace, y prennent leur place, apprennent à engager leur corps, à affirmer leur puissance et à construire leur légitimité dans un univers longtemps pensé au masculin. Le rugby est aussi un point d’entrée pour regarder Marseille autrement. Ces joueuses viennent de quartiers, de milieux sociaux et de territoires différents et font apparaître une Marseille quotidienne, plurielle et en mouvement.

La série propose ainsi de construire en parallèle une cartographie contemporaine et réelle de Marseille, à distance des images et des clichés auxquels la ville est souvent réduite.

À travers les trajectoires de ces adolescentes, le terrain de rugby devient un espace où se rencontrent des territoires, des milieux et des histoires différentes.

Cadettes est à la fois un récit sur des jeunes filles qui prennent place dans un monde masculin et une manière de regarder Marseille depuis celles qui la traversent, l’habitent et la construisent aujourd’hui.


The Moon in us 








Depuis l’Antiquité, le cycle menstruel est associé aux phases lunaires. Si la science peine à prouver ce lien, nombreuses sont celles qui ressentent ou souhaitent se connecter à une synchronicité intime avec les rythmes naturels.

Ce projet explore ce que la rationalité peine à saisir : l’écoute du corps, la cyclicité, l’expérience féminine. Mais dans une médecine encore largement androcentrée, ces expériences restent marginalisées.
The Moon in Us explore la relation intime que certaines femmes entretiennent avec la cyclicité de leur corps et interroge la tension entre savoirs scientifiques et intuitifs, entre rationalité et sensibilité.

Que se passerait-il si la science démontrait ce lien ?

À travers une série de diptyques, j’associe fragments corporels, paysages et variations lumineuses pour traduire visuellement cette correspondance cyclique.


Since ancient times, the menstrual cycle has been associated with the phases of the moon. While science struggles to prove this link, many women feel or wish to connect with an intimate synchronicity with natural rhythms.

This project explores what rationality struggles to grasp: listening to the body, cyclicity and the feminine experience. But in a medicine that is still largely androcentric, these experiences remain marginalised.
This series considers the tension between scientific and intuitive knowledge, between rationality and sensitivity.

What would happen if science proved this link?