À Casablanca, sur l'esplanade de la mosquée Hassan II, les premiers jours de chaleur marquent le retour d'un rituel saisonnier. Des groupes de garçons convergent vers le front de mer, attirés par les rochers, les vagues et les plateformes improvisées depuis lesquelles ils plongent dans l'Atlantique.
Entre la pierre monumentale de la mosquée et l'horizon marin, ils inventent leurs propres usages du lieu. Ils attendent, observent, discutent, se défient. Les corps se dispersent puis se rassemblent au rythme des baignades. Les gestes individuels s'inscrivent dans une dynamique collective où chacun cherche sa place au sein du groupe.
Mes photographies s’intéressent aux moments suspendus qui précèdent ou succèdent les plongeons : les corps qui attendent, s'observent, se mesurent et s’affirment. Elles racontent un âge de transition où les identités se construisent dans le regard des autres, entre désir d'affirmation et besoin d’appartenir.
Au fil de cette série, un détail revient avec insistance : les chaussures aquatiques bleues portées par presque tous les garçons. Objet pratique destiné à protéger les pieds des rochers, elles deviennent aussi un marqueur visuel partagé, un signe discret d'appartenance à cette communauté éphémère qui se forme chaque été sur le front de mer.
À travers ces scènes ordinaires, la série explore la manière dont la jeunesse fabrique ses propres espaces de liberté au cœur même des lieux les plus emblématiques de la ville.