EFFETS SECONDAIRES 





Chaque année, plusieurs dizaines de nuits sont passées dans des chambres d'hôtel au cours de mes déplacements professionnels. Des villes différentes, des étages différents, la même chambre.

Au réveil, pendant quelques secondes, les repères vacillent : la chambre est familière sans l'être, les objets semblent avoir changé de fonction, la mémoire cherche la ville, l'étage, le pays. Ce vertige ne dure jamais longtemps. Il suffit de quelques secondes pour que le corps se souvienne d'où il est censé être. Mais ces quelques secondes reviennent, nuit après nuit, année après année, et finissent par laisser une trace, une sorte de flottement diffus.

Le monde du travail développe des guides de sécurité, des livrets d'accueil, des fiches de prévention des risques professionnels pour répondre à des situations professionnelles contraignantes ou dangereuses. On y apprend à porter une charge, à s'asseoir devant un écran, à repérer les signes de fatigue avant qu'ils ne deviennent un problème. Rien, en revanche, n'existe pour les effets secondaires des déplacements professionnels, de cette accumulation de nuits passées ailleurs qui finit par produire une forme d'usure.

Les photographies s'accompagnent d'une série d'exercices réunis dans un manuel, conçu comme le seraient un guide de sécurité ou un livret de prévention destiné aux travailleurs.ses. mais appliqué ici à un risque qu'aucune entreprise ne mentionne dans ses formations : celui de perdre, doucement et sans bruit, le fil de sa propre géographie. L'humour, ici, permet aussi de rendre compte de quelque chose d'aussi absurde que de confondre, au réveil, un cintre et une chemise.

PS : Aucun de ces exercices n'a fait la preuve de son efficacité.

Le manuel : https://canva.link/yz8qc0o9d077eui